Lettre ouverte d’Anne Dehêtre, présidente de la FNO


Lettre ouverte d’Anne Dehêtre, présidente de la FNO

Les orthophonistes sont …en colère !

Des propositions encore une fois inacceptables (qui ressemblent à celles de juin) :

  • Des primes pour des créations de postes (les « déjà salariés » n’auront donc rien !)
  • Des primes pour ceux qui devront assurer un exercice dans plusieurs établissements ! (est-ce comme ça qu’on va résoudre la vacance des postes ?) (les frais kilométriques n’ont pas été évoqués)
  • Des augmentations de salaires basés sur des indices de 100 points inférieurs à notre demande initiale !

Il y en a marre !

Marre qu’on nous donne des arguments, puis qu’on les détourne, puis qu’on en trouve d’autres en fonction de ce que nous, orthophonistes, nous pouvons apporter comme réponses !

A chaque rencontre, sa nouveauté : aujourd’hui, c’est trop ! La Fonction Publique Hospitalière ne paie pas ses fonctionnaires selon leur niveau de diplôme. Cet argument doit être vrai : profession paramédicale à bac +5, profession la plus basse sur toutes les courbes salariales de l’hôpital. Mais pourtant, on en trouve des exceptions à cette règle : des ingénieurs santé, des infirmières anesthésistes, des psychologues, des attachés d’administration hospitalière (AAH), bac + 5 mais payés bien plus que nous ! Quand on évoque ces exceptions, là, on change d’argument…

« Non, mais c’est en fait selon le degré d’autonomie ! » Ah, là, les orthophonistes ne vont pas comprendre… la nouvelle définition de la Loi de modernisation de notre système de Santé grave dans le marbre cette autonomie. Et ici, on peut citer cette toute récente Loi car selon même l’aveu de notre interlocutrice, la réglementation ne compte pas , (je suppose donc la Convention Nationale, ne compte pas), donc rappelons cette toute récente Loi, promulguée en janvier 2016 :

« En cas d’urgence et en l’absence d’un médecin, l’orthophoniste est habilité à accomplir les soins nécessaires en orthophonie en dehors d’une prescription médicale. 

« Sauf indication contraire du médecin, il peut prescrire ou renouveler la prescription de certains dispositifs médicaux dont la liste est limitativement fixée par arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale pris après avis de l’Académie nationale de médecine.

« L’orthophoniste exerce en toute indépendance et pleine responsabilité, conformément aux règles professionnelles prévues à l’article L. 4341-9.

« Il établit en autonomie son diagnostic et décide des soins orthophoniques à mettre en œuvre.
« Dans le cadre des troubles congénitaux, développementaux ou acquis, l’orthophoniste met en œuvre les techniques et les savoir-faire les plus adaptés à l’évaluation et au traitement orthophonique du patient et participe à leur coordination. »

Alors une seule autre profession a acquis de par la Loi cette même autonomie, mais pas plus d’une en plus des orthophonistes, non ?

L’arbitrage interministériel sur les niveaux de rémunération s’est aussi appuyé sur le fait d’avoir la vie des patients entre les mains, nous dit-on encore.

Mais est-ce que les conseillers de ces ministres qui ont arbitré l’avenir des orthophonistes au sein de l’hôpital connaissent les champs de compétences des orthophonistes, ou n’ont-ils en tête que cette vieille image d’Epinal si pratique à ressortir des placards ? : « L’orthophoniste apprend à lire… »

Non, l’orthophoniste n’apprend pas à lire ! L’orthophoniste, et il en tire de la fierté et le goût du travail accompli, il le revendique, l’orthophoniste intervient dans le cadre des troubles spécifiques du langage oral et écrit et permet, de par son intervention, à la majorité des patients qu’il reçoit pour cette pathologie, de s’extraire du handicap qu’est le trouble de la communication et du langage.

Mais l’orthophoniste ne fait pas que ça : il permet à des patients de tout âge, avec des pathologies variées et complexes le plus souvent, de communiquer. Pour certains, pour la première fois, ils communiqueront et interagiront de manière adaptée avec leur entourage, dans le cadre des troubles du spectre autistique, des paralysies cérébrales, des syndromes aux séquelles sévères chez les jeunes enfants…

L’orthophoniste permet encore à d’autres qui ne pouvaient le faire de parler, de s’exprimer, de comprendre que ce soit oralement ou avec d’autres moyens dans le cadre des surdités, des dysphasies, d’autres syndromes tout aussi terribles.

L’orthophoniste réhabilitera le langage et la communication dans les atteintes neurologiques : les traumatismes crâniens, les séquelles d’accidents vasculaires cérébraux, les tumeurs cérébrales.

L’orthophoniste permettra au neurochirurgien de préserver les zones essentielles à l’expression et à la communication au bloc opératoire, lors des ablations de tumeurs cérébrales en chirurgie éveillée du cerveau.

Il accompagnera de même certains choix opératoires pour les tumeurs ORL, en fonction des possibilités de récupération du patient, possibilités évaluées par l’orthophoniste.

L’orthophoniste sera le professionnel de santé, dans un certain nombre de chirurgies touchant à la sphère oro-faciale, en charge de la réhabilitation des fonctions : rétablir sur un patient « réparé » chirurgicalement ce qui ne fonctionne plus : la parole, la déglutition…

Et ça, c’est toute l’histoire de l’orthophonie qui commence en 1924 dans le service du docteur Veau, qui opérait des patients avec des fentes palatines !

Mais ça, les arbitres ministériels doivent l’ignorer.

Il faut encore évoquer, puisque c’est l’ignorance qui doit conduire à cette situation (sûrement car on ne peut croire que c’est une analyse objective et poussée de la situation et des spécificités de notre profession), que l’orthophoniste permet également à des patients de s’alimenter, de se ré-alimenter normalement ! Les grands prématurés ne trouvent pas leurs réflexes de succion naturellement : les orthophonistes les stimulent, eux et leurs parents désemparés.

Qui participe à la réduction du port de la sonde naso-gastrique ou de la gastrostomie pour les patients, qui évite même dans certains cas celle-ci ? Oui, les orthophonistes ont aussi dans leurs champs de compétences, celui de rétablir (ou d’établir) une fonction de déglutition adaptée : maintenir celle-ci dans le cadre de maladies neuro-dégénératives, prouver que quand on est âgé, manger des morceaux est parfois plus facile que d’avaler de la purée.

Alors, ne pas rémunérer les orthophonistes en fonction de leur niveau d’études : nous disons STOP à cet argument qui n’est pas valable pour tous les agents de la FPH.

Alors, ne pas vouloir distinguer la rémunération des orthophonistes car ils n’ont pas un niveau d’autonomie différent que d’autres : STOP, c’est faux, la Loi est là et nous y faisons référence.

Alors, ne pas rémunérer les orthophonistes car finalement, sont-ils indispensables au parcours de soins ? STOP, mais apparemment, nous avons encore besoin de prouver ce niveau de compétences.

La FNO défend l’exercice professionnel des orthophonistes !

Oui, cet exercice est spécifique, oui, nos compétences sont les nôtres et nous les revendiquons !

Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Président, maintenant expliquez-nous les critères d’arbitrage qui conduisent encore à sous-rémunérer une profession !

Nous attendons des explications

Anne Dehêtre
Présidente de la Fédération Nationale des Orthophonistes

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