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AccueilRessources diversesHistoire de l’orthophonie et de la FNO

XVIIIème Siècle
–  vers 1760 : l’Abbé de l’Epée (1712-1789) met au point des méthodes d’éducation de l’enfant sourd (dactylologie).

– 1795 : le Docteur Jean Itard (1775-1838) fait les premières expériences d’une tentative de rééducation ou d’éducation du langage auprès de Victor, l’enfant sauvage retrouvé en Aveyron. Mémoire et Rapport sur Victor de l’Aveyron (1801 et 1806).

XIXème siècle
– 1829 : le mot « orthophonie » apparaît pour la première fois lorsque le Dr Colombat ouvre à Paris un établissement appelé « Institut orthophonique de Paris », destiné au traitement du bégaiement et des « vices de la parole ».

Le Dr Séguin est obligé de s’exiler aux États-Unis d’Amérique devant le peu d’intérêt que ses travaux avaient recueilli en France ; il s’était intéressé à l’éducation des enfants handicapés. Il y fait école.

– 1900 : naissance de Suzanne Borel-Maisonny (1900-1995)

 

 

XXème siècle

1924-1936 : « l’invention » de l’orthophonie

– 1924: Création de l’ « Association internationale de logopédie et de phoniatrie » par le Dr Tarneaud. Grammairienne, Suzanne Borel-Maisonny rencontre l’Abbé Rousselot, phonéticien qu’elle suivra de l’Institut catholique à la Sorbonne. Entretenant de profonds liens d’amitié, elle participe à ses travaux expérimentaux.

– 1925 : le Dr Victor Veau (1871-1949), chirurgien à l’hôpital St Vincent de Paul à Paris, souhaite mieux appréhender et comprendre la phonation de ses jeunes opérés de divisions palatines. Il fait appel à une certaine Melle Borel qui avait fait des études de phonétique avec l’Abbé Rousselot, pour lui demander de s’intéresser à la parole et à l’articulation des enfants qu’il a opérés. Deux ans plus tard, ses travaux sont publiés dans le livre du Dr Veau, « Division Palatine ». A partir de ces succès, d’autres cas d’enfants lui sont présentés.

Ouverture d’un Service de « rééducation de tous les troubles de la parole ». Aux « Enfants Assistés ». Suzanne Borel-Maisonny rééduque les autres troubles de la parole, (plus de 1 400 séances de rééducation sont dispensées chaque année dans le service qu’elle anime). Toujours avec le Dr Veau, elle crée une nouvelle consultation à l’Hôpital St Michel.

– 1930 : Un seul service hospitalier assume, en ces années 30, les rééducations de la voix : celui du Dr Tarneaud (fondateur de la Société Française de Phoniatrie) à l’Hôpital Lariboisière et à l’Hôpital Bellan.

Dès 1930, la rééducation vocale est confiée à l’une des premières collaboratrices de Suzanne Borel-Maisonny, Claire Dinville. Cette dernière collabore avec le Dr Tarneaud, puis avec le Pr Vallancien dans le Service ORL de Léopold Bellan puis de l’hôpital Lariboisière. Les premières collaboratrices de Suzanne Borel-Maisonny sont formées..

A la faculté de Médecine de Paris se crée le premier cours de laryngologie et de phoniatrie : à partir de 1930, le Dr Tarneaud dispense chaque année un cours de laryngo-phoniatrie en 10 leçons, avec la collaboration de Suzanne Borel-Maisonny.

 – 1933 : Suzanne Borel-Maisonny collabore, dans les années suivantes, avec différents spécialistes de la médecine, de la phonétique et de la psychiatrie, et invente progressivement l’orthophonie.

Elle crée d’autres services à l’hôpital St Michel avec le Dr Veau en 1933, puis après la mort de ce dernier avec le Dr Récamier.

Les médecins en radiologie, stomatologie, ORL, pédiatrie accueillent Suzanne Borel-Maisonny avec « confraternité » et lui permettent d’initier des travaux de radiologie qui déboucheront sur les « acougrammes phonétiques » (audiogrammes phonétiques) au travers de l’étude « d’orthodiagrammes » des voyelles et consonnes. Ce sont ces travaux rigoureux qui donneront naissance un peu plus tard aux guide-langues.

Elle travaille, dans un premier temps, avec le Dr Misset à l’Hôpital Henri Rousselle, pour étudier aux rayons X les résultats phonétiques de la staphylorraphie. La radiographie l’entraîna ensuite dans les voies de l’endoscopie où elle fait inventer par Gentile un petit endoscope pour « corriger par la vue directe les paradoxes de certaines images radiologiques ». Pour cet exercice, elle s’exerce à manier des cystoscopes dans le Service d’urologie du Dr Chevassu.  Malgré l’important développement des centres sociaux de rééducation et des différentes consultations hospitalières, à la veille de la deuxième Guerre mondiale, il n’existe toujours aucun enseignement officiel. Les stagiaires qui entourent S.B.M. suivent un enseignement clinique dont la durée n’est jamais inférieure à quatre ou cinq ans et elles acquièrent, à leur gré, les notions théoriques en suivant des cours (psychologie, linguistique, phonétique, … etc.) dispensés au sein de l’Université.

 – 1935 : le Dr de Parrel ouvre à Paris, avec le Dr Henriette Hoffer, le « Centre social de rééducation pour les déficients de l’ouïe, de la parole, de la respiration et pour les retardés scolaires ». Ils insistent très vivement, sur l’opportunité qu’il y aurait. « de fonder des centres d’orthophonie où les écoliers dyslaliques et dysphoniques recevraient les soins de rééducation dont ils sont justifiables. » Dans ses écrits, il affirme que « la voix n’est qu’un élément dans un ensemble complexe qui est l’organisme humain et que, en conséquence, sa rééducation doit passer par la rééducation de l’être dans son intégralité : respiration, audition, psychomotricité, relaxation, entraînement de l’attention et de la volonté… ». Les premiers centres sociaux de rééducation, précurseurs de nos modernes consultations externes (C.M.P.P., C.M.P., dispensaires,… etc.), fermeront en 1946 mais plusieurs disciples et collaborateurs de G. de Parrel et de sa femme continueront à pratiquer l’orthophonie

1936 – 1946 : développement du champ d’intervention, publications et structuration

– 1936 : Suzanne Borel-Maisonny comprend, en l’état de la situation, la nécessité de fédérer les praticiens pour partager les recherches et les travaux cliniques effectués. Elle crée l’ARPLOE, devenue ARPLOEV. L’orthophonie doit se forger une identité au-delà de la compétence et de la notoriété des personnalités qui sont en train de la façonner. Elle rencontre des ingénieurs dans le domaine de l’analyse électroacoustique du langage et l’étude d’oscillogrammes rapides. Gautier, un professionnel possédant un atelier de « mécanique de précision » à Paris, met sous les yeux de Suzanne Borel-Maisonny, les deux volumes du Padre Gemelli sur l’analyse électroacoustique du langage. Il lui propose la construction d’un appareillage permettant d’étudier de magnifiques oscillogrammes rapides, convenant à l’examen de mots, de phrases et de textes de plusieurs secondes. Suzanne Borel-Maisonny collaborera plus tard avec Pimonow.

Pour la première fois, dans l’hiver 1936-1937, il est fait mention dans un projet de loi établi par la commission interministérielle de l’enfance déficiente, que des annexes d’orthophonie et d’éducation sensorielle et motrice pourraient être organisées, soit dans les services d’hospitalisation de neuropsychiatrie infantile, soit dans les services hospitaliers de médecine générale. Freiné malheureusement par des raisons financières, ce projet de loi sera définitivement oublié au moment où éclate la guerre.

 – 1937 : Madame Borel rencontre le Dr Edouard Pichon (médecin pédiatre, psychanalyste, linguiste et écrivain), à St Vincent de Paul et s’intéresse désormais aux aspects psycholinguistiques de la communication, au développement psychique de l’enfant et de l’adolescent et au bégaiement. Elle assume une fois par semaine, les rééducations des troubles de l’articulation et du bégaiement chez les jeunes enfants à l’Hôpital Bretonneau dans le service du Docteur Pichon. Auteur en 1936 du « Développement psychique de l’enfant et de l’adolescent », il lui ouvre de nouveaux horizons. En 1937, ils font paraître une oeuvre commune : « Le bégaiement, sa nature et son traitement ».

Le domaine de l’orthophonie s’élargit au langage oral et à ses troubles.

 – 1942 : Rencontre avec le Dr Clément Launay. Suzanne Borel-Maisonny commence à publier sous son seul nom. Elle entre en relation avec le Dr Simon, collaborateur de Binet, auteurs « L’Echelle métrique de l’intelligence», habituellement désigné sous le nom du Test Binet-Simon. Cette rencontre fondamentale est le creuset des premiers tests en orthophonie. Suzanne Borel-Maisonny publie de nombreux articles dans le Bulletin de la Société Binet, plus connu ensuite sous le nom de Bulletin Binet-Simon qui lui est entièrement ouvert. Elle y publiera la quasi-totalité de ses tests.

Un pilier essentiel de l’orthophonie est en train de se construire : celui du bilan orthophonique

 – 1946 : Après la guerre, Julian de Ajuriaguerra met sur pied à l’Hôpital Sainte-Anne-Henri-Rousselle une équipe de recherche pluridisciplinaire en psychologie et psychopathologie de l’enfant avec la collaboration de Suzanne Borel-Maisonny,
Auzias, J. Bergès, N. Galifret-Granjon, H. Gobineau, D. Koechlin, I. Lézine, I. Santucci, G. Soubiran, M. Stambak, R. Zazzo. De Ajuriaguerra est neuropsychiatre et psychanalyste. Il est l’un des représentants d’une psychiatrie éclectique, érudite et humaniste. Il est l’un de ceux qui ont inauguré en France le système de psychiatrie de secteur. Cette rencontre inaugure les travaux de Suzanne Borel-Maisonny autour des cas neurologiques et de la dyslexie.

Elle enrichit désormais le champ de l’orthophonie du domaine des troubles de l’écrit. Et ainsi, de trouble en trouble, l’intérêt de SBM pour comprendre la cohérence du fonctionnement du langage, s’est étendu de la parole au langage, du langage oral au langage écrit, des entendants aux sourds…

De toutes ces collaborations et de l’influence des personnalités de Simon et Binet, naissent les tests et les publications Borel, notamment :

  • test non verbal pour enfants de 15 mois à 6 ans (1946)
  • test d’aptitudes pour enfants de 6 à 12 ans (pouvant être utilisé chez des enfants sans langage)
  • test de langage pour jeunes enfants de 2 à 6 ans (1947)
  • méthode de lecture (1949)
  • test d’orientation, jugement et langage spécialement adapté aux enfants dyslexiques et dysorthographiques de 6 à 12 ans (1949)
  • test aux bruits instrumentaux et vocaux pour l’établissement d’un profil auditif (1974)
  • test pédagogique d’aptitude à l’écriture et à la lecture
  • test de lecture (en collaboration avec A. Girolami-Boulinier)
  • publication en deux volumes de « Langage oral, langage écrit» (1960)
  • publication « Les troubles du langage, de la parole et de la voix chez l’enfant» avec Cl. Launay (1964)
  • publication de « Perception et Education » (1969)

Tous ces travaux sont à l’origine du bilan orthophonique, clé de voûte de notre exercice. Dès 1946, la notion de prise en charge précoce et de prévention est lancée.

En effet, là se situent deux étapes essentielles de l’orthophonie : la conception du bilan orthophonique qui donne aujourd’hui toute la validité à la démarche diagnostique et thérapeutique et,  par l’élaboration du test non-verbal pour enfants de 15 mois à 6 ans, Suzanne Borel-Maisonny initie la notion de prise en charge précoce et de prévention.

1947-1958 : reconnaissance institutionnelle et naissance d’une nouvelle profession

Avec la naissance de la Sécurité Sociale en 1945, la nécessité de reconnaître officiellement ces nouveaux professionnels va se faire pressante. La question du remboursement des actes de rééducation du langage va se poser.

Une circulaire du 10 juillet 1947, autorise les Caisses de Sécurité Sociale à accorder leur participation à ces traitements sous réserve de certaines conditions (entente préalable notamment). Le remboursement des soins est effectué alors sur la valeur de la lettre-clé A.M.I. (Actes Médicaux Infirmiers) puis M.M. (Actes Médicaux Masseurs). Cet acte marque institutionnellement la reconnaissance du rôle de l’orthophonie dans les soins en France

En s’appuyant sur ces acquis fondamentaux, Suzanne Borel-Maisonny demande la création d’études organisées pour donner des bases théoriques sérieuses à la rééducation orthophonique. Au moment où la « méthode Borel-Maisonny » se créait, notre discipline vivait un moment-charnière de sa construction : reconnaissance institutionnelle, sorte de big-bang créateur d’une nouvelle profession

 – 1953 : Sans diplôme reconnu, les orthophonistes d’alors étaient livrés au bon vouloir des caisses. Avec opiniâtreté et persévérance, Suzanne Borel-Maisonny va persuader les chefs des services hospitaliers de la nécessité de créer un enseignement dans le cadre des Facultés de Médecine. Cette demande est entendue. Une commission de travail est constituée en vue de la création des premières études d’orthophonie dans les Facultés de médecine.

– 1955 : Les travaux de cette commission aboutissent à la Création des premiers Enseignements d’orthophonie: à Paris, puis à Lyon (1956) et Marseille (1959). L’enseignement est ouvert aux titulaires du baccalauréat, mais la plupart des candidats ont le niveau propédeutique ou bien sont titulaires de quelques certificats de licence. Les cours sont dispensés par des enseignants des Facultés de Médecine et de Lettres ainsi que par quelques orthophonistes. Les stages cliniques se déroulent généralement dans les services hospitaliers sous la responsabilité d’orthophonistes « maîtres de stages ».

Les études d’une durée de trois ans sont sanctionnées par un diplôme d’Université « L’attestation d’Études d’Orthophonie ».

– 1957 : Création de l’école de formation des rééducateurs de la dyslexie, à l’initiative de Claude Chassagny, qui forme des rééducateurs en langage écrit. Ils obtiendront plus tard le titre d’orthophoniste avec une limitation de leur compétence au langage écrit.

1959 – 1968  : Organisation de la profession et  la création de la FNO

– 1959 : Pour asseoir et organiser la profession, Suzanne Borel-Maisonny et ses collaboratrices fondent le S.N.O.: Syndicat National des Orthophonistes. On compte alors centaine d’orthophonistes dans le pays. Commencent alors les combats professionnels qui vont permettre à l’orthophonie, plus de vingt ans après, d’être enfin reconnue comme discipline de santé.

 – 1964 : le statut légal
Depuis 1959 le SNO joue de ses influences et dépose des dossiers dans les ministères concernés (études, déontologie, statut légal…). En 1963, 151 personnes sont titulaires de la première « attestation d’orthophonie ». La loi du 10 juillet 1964 créé le statut légal

 – 1965 : mise en place des premiers centres de formation d’orthophonie dans les facultés de médecine

 – 16 mars 1968 : Création de la Fédération Nationale des Orthophonistes (FNO). L’assemblée générale du S.N.O. décide de transformer le syndicat national en Fédération Nationale: les statuts de la F.N.O. sont déposés, et quelques syndicats régionaux se fédèrent. Suzanne Borel-Maisonny passe la main à Claire Dinville, qui devient la première présidente de la F.N.O.

1968 -1980 : une décennie suivante constructive

  • 1969 : lettre-clé AMO
  • 1970 : régime conventionnel pour les praticiens libéraux
  • 1971 : mise en place de la formation continue
  • 1972 : première réforme des études
  • 1973 : la FNO est reconnue représentative
  • 1974 : 1ère convention nationale avec la Sécurité sociale
  • 1978 : 2ème convention nationale avec la Sécurité sociale
  • 1979 : l’AGA-O (Agence de gestion agréee) est créée
  • 1980 : parution du n°1 de L’Orthophoniste
  • 1980 : Assistance et Prévoyance est fondé

Les années 80 : la reconnaissance et le développement

  • 1981 : Test de dépistage précoce (TDP 81)
  • 1982 : fondation de l’Union nationale pour le développement de la recherche et de l’information en orthophonie (UNADRIO) qui deviendra ensuite l’UNADREO
  • 1983 : 1er décret de compétence
  • 1984 : 3ème convention nationale avec la Sécurité sociale
  • 1986 : réforme importante des études initiales
  • 1986 : création d’Ortho-Edition
  • 1987 : création du service juridique de la F.N.O.
  • 1988: fondation du Comité Permanent de Liaison des Orthophonistes-Logopèdes de l’UE (CPLOL) à Paris

Les années 90 : vers la responsabilité.

  • 1994 : 4ème convention (mise en place des Commissions Paritaires Départementales)
  • 1995 :  décès de Suzanne Borel-Maisonny
  • 1995 : Reprise de Rééducation Orthophonique par la FNO
  • 1997 : révision de l’arrêté des études
  • 2000 : plan « Lang-Kouchner »: les troubles du langage sont reconnus

XXIème siècle : Vers l’autonomie

  • 2002 : en mai, parution du nouveau décret d’actes et modification de la procédure de prescription médicale de l’orthophonie
  • 2002 : en juin, révision importante de la NGAP
  • 2013 : Le Certificat de capacité d’orthophoniste est reconnu au grade de Master. La formation initiale est désormais dispensée en 5 ans.
  • 2016 : nouvelle définition de l’orthophonie dans la loi de modernisation de notre système de santé

 

Liste des présidents de la FNO
Syndicat National des Orthophonistes

  • de 1959 à 1968: Suzanne Borel-Maisonny

Fédération Nationale des Orthophonistes

  • de 1968 à 1969: Claire Dinville (Paris)
  • de 1969 à 1973: Marie-Rose Mousset (Paris)
  • de 1973 à 1977: Janie Ciabrini (Paris)
  • de 1977 à 1986: Pierre Ferrand (Castres)
  • de 1986 à 2004: Jacques Roustit (Albi)
  • de 2004 à 2013 : Nicole Denni-Krichel (Strasbourg)
  • depuis 2013 : Anne Dehêtre (Nesmy)

Pour en savoir plus : un dossier sur les 50 ans de la FNO